Zoom sur la PE, le deuil périnatal et comment vivre sa future grossesse sereinement ?
Quand je suis tombée enceinte en 2009, je ne pensais pas qu’un tel drame me guettait. Et pourtant, nous ne sommes à l’abri de rien…
J’étais tombée enceinte comme tout le monde le voudrait : en 2 mois après l’arrêt de la pilule. Ma grossesse se passait bien, les échographies nous enchantaient. Jusqu’au jour où, à l’écho, quelque chose dérangeait le médecin : le bébé avait un léger retard de croissance, et il ne fallait pas prendre cette situation à la légère. Mise en arrêt de travail à la 21ème semaine de grossesse, je passais mes journées à me reposer, à voir ma famille et à me promener dans les rayons bébé des magasins en vue de préparer sa chambre.
A la 24ème semaine, j’ai commencé à avoir des douleurs épigastriques. Mais comme c’était ma 1ère grossesse, je pensais que c’était le bébé qui faisait sa place, d’autant plus que mon ventre s’arrondissait peu à peu et comprimait mon estomac. A la 25ème semaine, mes douleurs se sont intensifiées. C’était horrible. Je suis d’abord allée voir mon médecin traitant qui m’a prescrit une écho du foie et une pds. Les résultats de la prise de sang étaient catastrophique : mon médecin m’appelle: il y a URGENCE : la tension artérielle est très haute, j'ai des oedèmes, mes plaquettes ont diminuées considérablement et les enzimes du foie ASAT/ALAT ont littéralement pété les plombs. J'ai le visage jaune.
Aux urgences, j’étais tombée sur le mauvais médecin qui m’a diagnostiqué des colites néphrétiques, paraît-il que c’est courant chez les femmes enceintes ? Mais après plusieurs heures d’examen, le verdict tombe : je faisais une pré-éclampsie sévère (PE).
Transférée dans la maternité niveau 3 de mon département, on m’annonce que les complications sont graves : je fais un HELLP SYNDROME. Le seul traitement pour que je m’en sorte est de me faire accoucher par césarienne. Ma vie est en jeu, mes plaquettes sont relativement basses (10 000) et mon foie ne fonctionne presque plus. Les médecins pensaient que je ne me réveillerai pas. Exceptionnellement mon mari était présent dans la salle de réveil, et par miracle je me suis réveillée. Mais mon bébé était parti rejoindre les anges : trop petit pour vivre. Après plusieurs heures et quelques transfusions de plaquettes et de sang, on me transfère dans le service « réanimation » des soins intensifs. J’y suis restée 6 jours.
Le deuil périnatal n’est pas à prendre à la légère : du jour au lendemain on perd son bébé, celui qui aurait du enchanter notre vie, celui qui devait naitre plutôt que mourir. Tous nos projets s’envolent, on a du mal à accepter, on vit comme dans un cauchemar mais c’est vraiment la réalité. A partir de cet instant notre vie ne sert à rien : on subit notre vie plus qu’on ne la vit. On se laisse faire, on espère que le cauchemar prendra fin mais non il faut accepter ce cauchemar.
Et puis un jour, dans le processus de deuil, on réussit à accepter cette vie, à accepter ce deuil et on vit avec : il fait partie de nous, de notre histoire. A partir de ce moment on fait tout pour continuer à vivre « normalement » mais surtout on regarde devant.
Notre passé nous ne l’oublierons jamais, et ce passé, cette histoire, change notre personnalité, notre couple. Quand on a vécu un tel drame, on réagit autrement à la vie. J’ai eu la chance de continuer à vivre mais ce n’est pas le cas de toutes ces mamans qui ont mis au monde leur bébé et qui sont décédées ensuite à cause de cette foutue maladie : la pré éclampsie ou le hellp syndrome qui se transforme ensuite en éclampsie si la césarienne d’urgence n’est pas pratiquée: c'est une maladie responsable de 10 % des morts maternelles.
Chaque jour des femmes enceinte se battent contre la PE, ou souffrent d'avoir perdu leur enfant.
Dans ce sens, je me suis jointe aux différentes associations de deuil périnatal et de prévention et d’action contre la pré éclampsie. Là où la sensibilisation est nécessaire, c’est pour aider les gens à prendre la mesure de ce qu’est un deuil périnatal. Nous avons eu la chance d’être très entourés par la famille, les amis, le personnel médical. Pour autant, certaines réactions, certaines phrases m’ont fait très mal tellement elles étaient maladroites. Cela révèle un manque d’information sur le sujet.
Le forum de discussion Césarine m’a aidé à extérioriser ma douleur et à accepter ma cicatrice de césarienne. Une cicatrice présente, tracée à vie sur mon corps qui me rappelle tous les jours que mon bébé est mort. Aujourd’hui je l’accepte. J’aimerai même que mon futur enfant naisse par voie naturelle pour me laisser cette cicatrice en seul souvenir de mon bébé né sans vie.
L’APAPE : association de prévention et d’action contre la pré-éclamspie :
Mes recherches sur le net m’ont conduites à cette association. De par facebook, j’ai commencé à joindre le groupe, puis de fil en aiguille à connaître les histoires des femmes qui ont subit cette maladie. Certaines ont perdu leur bébé à cause de cette maladie, comme moi. J’ai trouvé un grand soutien auprès du groupe, et une présidente admirable. Pour voir le site c’est ici.
Pour mon deuil périnatal (culpabilité, pleurs, douleurs, rancoeurs, colère, faire semblant, acceptation) le plus grand soutien que j’ai eu c’est en discutant de mon histoire avec des personnes qui ont vécu la même chose. J’ai trouvé ce site : Nos petits anges au paradis. Chaque histoire est différente, chaque personne se situe à un stade différent du deuil : « les anciennes » soutiennent les « nouvelles » mais la douleur reste la même, on a tous perdu un bébé soit en cours de grossesse, soit à quelques heures ou quelques jours de vie.
AUssi, la lecture m’a beaucoup aider : j'ai acheté 2 livres: mamange de Sandra Pigeon qui est une femme admirable, Surmonter la mort de l’enfant attendu de Elizabeth Martineau.
Et dans mon processus de deuil il y a l’écriture : c’est un moyen de mettre des mots sur sa douleur, de la mettre à plat pour se sentir mieux. Et ce blog a été crée pour partager mon expérience de mamange mais aussi celle de pmette en racontant mon combat pour ce bébé espoir tant attendu, entre tous ces espoirs et désespoirs...
Et j'ai trouvé des filles géniales, de l'écoute et du soutien. J’aime les lire, j’aime leur apporter mon soutien.
Et après un tel drame, comment peut-on vivre sa future grossesse ?
Quand on perd son enfant, on a tendance à en vouloir un autre à tout prix. Certains psy pensent que c’est pour palier au manque de notre ange parti trop tôt et le remplacer par un bébé vivant. Réellement pour moi je ne sais pas si cette envie de réessayer était pour le remplacer, car rien, ni personne ne pourra remplacer mon fils.
Peut être que dans mon cas c’était pour avoir un sens à ma vie, car sans enfant ma vie ne ressemblerai à rien. Et j’ai compris pourquoi je voulais absolument retenter les essais bébé : quand on est enceinte, on fait des projets dès le début de grossesse : on pense à nos prochaines vacances avec le bébé, on pense à la chambre que nous lui préparions, et toutes ces petites choses qui nous changeront du quotidien. Je ne voulais pas accepter que mes projets soient changés. C’est alors que j’ai compris que si je ne voulais pas accepter la situation, je ne m’en sortirai jamais. Et pour cause : j’ai repris les essais 6 mois après le décès de mon fils. Je pensais que la grossesse arriverait vite tout comme pour ma 1ère grossesse. Que nini : j’ai mis 10 mois à retomber enceinte, et vous connaissez la suite : 1er espoir, 1er désespoir: 1ère FC …
Puis 4 FC ont suivis avec toutes les complications que vous connaissez.
Je suis maintenant en PMA, toujours sans enfants. Ma future grossesse ? ne n’arrive plus à me l’imaginer… je n’arrive plus à rêver, je n’arrive plus à faire de projets. Mon cœur s’est endurci, est-ce une protection ?
La cause de mes fausses couches répétées ? les synéchies, les adhérences post-césarienne ? on ne sait pas… je suis passée de femme fertile à femme infertile « inexpliquée » depuis ma PE et ma césarienne.
Mon Ange sera peut être le seul enfant que j’aurai porté dans ma vie. Pour l’instant je ne l’envisage même pas, mais un jour peut être va t-il falloir l’accepter ?
Et à partir de quand doit on envisager la vie après la PMA sans enfant(s) ?
La suite, on verra bien…
« Avancer pas à pas, c’est la seule solution. Et quand on s’obstine on arrive toujours par arriver quelque part… »
Post dédicacé à ILGC, APAPE, césarine, nos petits anges au paradis, et toutes mes copinautes pmettes (Lulu, 28jedb, marredattendre, didi, mme pimpim, bounty, littlewife, espoirhope, boule de mousse et toutes les autres.....) qui luttent au jour le jour, d’année en année pour réussir un jour à donner la vie.
