Mon congé maternité... sans bébé

Publié le par Delphine

J’étais à 25sa quand mon « accouchement » a eu lieu. Je mets accouchement entre guillement car ce mot m'a choqué: pour moi un accouchement c'est un moment heureux.

Cette césarienne et ce bébé déclaré m’a donné le droit à un congé maternité. Encore mieux, la sécurité sociale me donnait 26 semaines de congés mater grâce à mes 2 beaux-fils dont nous avons la charge la moitié du temps. J'aurai pu ne pas le faire, ou bien racourcir la durée de ce congé, mais j'avais besoin de temps pour moi, le temps de récupérer physiquement et moralement.

Mon petit Léo me manquait terriblement, mais je n’avais pas souhaité le voir quand on me l’a proposé avant mon départ de l’hôpital. La psychologue de l’hôpital m’avait dit que les mamans qui voyaient leur bébé décédé à la naissance feraient plus « facilement » le deuil que celles qui ne l'ont pas vu. Je savais que la sage femme qui a présenté Léo à mon mari avait pris des photos de lui.

En rentrant à la maison, j’ai appelé le service des sages femmes pour pouvoir les récupérer. La sage femme m’avait dit que les photos ne reflétaient pas les couleurs réelles, et qu’il fallait s’attendre à ce que le bébé soit de couleur rouge sombre, voire presque noire. Devant elle, je n’ai pas osé regarder ces photos. Je les ai regardées chez moi, dans les bras de mon mari, mais j’avais presque honte de les regarder avec lui. Je voulais être seule pour les voir. Seule dans ma souffrance. Effectivement la couleur de mon bébé m’a choqué. Je les ai rangées dans mon dossier « grossesse Léo » et je ne les ai plus touchées...

Nous avions acheté la chambre du bébé une semaine avant le drame. Oui..., nous avions plein de projets. Tous ces projets se sont envolés ; J’avais l’impression qu’une partie de moi s’était envolée. Les cartons n’ont jamais été déballés, ils sont toujours à la maison dans « la chambre du bébé ». Mes parents venaient d’acheter la poussette. Ils ont décidé de la rendre en me disant : on rachètera une autre poussette pour un autre bébé… Ca leur faisait mal au cœur de garder un cadeau acheté pour Léo et de ne pas pouvoir le voir dedans. Tout ce qui se rapportait aux bébés de près ou de loin me faisait du mal. Je ne pouvais plus aller dans les magasins et passer devant le rayon bébé.

En février 2010, les vacances scolaires d’hiver sont arrivées. Nous sommes allés dans notre chalet familial à la montagne. Cela m’a fait du bien malgré le fait que le ski était compromis pour moi à cause de ma cicatrice. Mais ce changement d’air m’a permis de retrouver la vue… car j’avais toujours mon problème de choriorétinite. Et en 2 jours, mon œil droit était quasi guéri... Comme quoi l’air de la montagne avait du bon.

Le 23 février 2010, j’ai eu mon retour de couche (pile 1 mois après ma césarienne). J’ai donc repris la pilule ce jour là avec dans l’optique de l’arrêter 5 mois après pour recommencer les essais. Le même jour vers 14h, nous étions dans la voiture pour aller se promener en famille quand mon mari reçoit un coup de téléphone. C’était l’hôpital, pour nous annoncer que notre bébé avait été incinéré aujourd’hui… Quel choc, j’ai pleuré, j’étais très mal, voilà c’était fini, je ne pouvais plus le voir, ni le toucher. Inconsciemment, j'aurai peut être aimé le voir en "vrai".. mais je me sentais forte pour faire mon deuil.

En mars 2010, nous apprenons une très mauvaise nouvelle. On venait de déceler chez mon beau-père une tumeur au cerveau de la taille d’une balle de ping-pong. Il faisait des malaises à répétitions et des crises d’épilepsie. Nous ne savions pas si cette tumeur était cancéreuse ou non, mais l’opération était inévitable. Le sort s’acharnait sur notre famille, nous étions dans l’incertitude et l’opération à venir était minutieuse et non sans risques… En attendant cette fameuse opération prévue pour mai, j’ai mis toutes mes douleurs de côté. Finalement je relativisais : je me disais que j’avais la chance d’être toujours en vie… et puis tout le monde me le disait. Bref, les personnes autour de moi me disais que j’avais de la « chance d'être toujours là » alors pourquoi souffrir ? Oui, la santé de ma famille est beaucoup plus importante que mon cas. A ce moment là, j’ai donc mis « mon deuil » de côté.

Le 1er avril 2010, nous apprenons le décès soudain de la grand-mère de mon mari d’un problème cardiaque. Cette femme au grand cœur de 86 ans qui s’était super bien entendu avec ma grand-mère à notre mariage était partie rejoindre notre Ange. Elle me rappelait beaucoup ma grand-mère, elles se ressemblaient d’autant plus qu’elles étaient originaire de la même région, et elles avaient le même caractère : joyeuse, aimant les bons vins, les bons repas, bavarde… Une très grande dame avec un très grand cœur et dont mon mari était très proche. Cette annonce à été un coup dur pour la famille. Et moi je me disais que l’année était vraiment pourrie, que le sort s’acharnait encore et encore et que surement ce n’était pas terminé : En effet, nous appréhendions de plus en plus l’opération de mon beau père qui arrivait à grand pas, et dans la même période, l’état de mon grand père, malade depuis 2 ans, ne s’améliorait pas.

En mai 2010, nous avons décidé avec mon mari de s’offrir un voyage en Inde, car, depuis ma sortie de l’hôpital, nous n’avions fait qu’un WE en amoureux à St Malo et au Mont St Michel. Nous avions besoin de nous retrouver tous les 2 pour affronter ensemble notre douleur sur toutes ces choses négatives qui arrivaient depuis le début de l’année 2010. Notre voyage en Inde m’a permis de décompresser un peu plus. Le dépaysement m’a beaucoup aidé. Et c’est aussi à ce moment là que j’ai arrêté ma pilule. Cela faisait 4 mois après ma césarienne. Le médecin préconisait 6 mois, alors on s’était dit avec mon mari qu’on laissera faire la nature sans faire trop attention aux périodes de fécondité les plus propices. Nous étions comme un an auparavant pour les essais : assez confiants. Puisque pour Léo j’avais mis que 2 mois, nous nous sommes dit que cela mettrai relativement peu de temps (moins de 6 mois) pour retomber enceinte de « bébé espoir ». J’avais toujours pensé que si je tombais enceinte avant la fin de mon congé maternité je ne reprendrai pas le travail étant donné que la grossesse serait à risque et au repos dès le début.

Nous rentrons d’Inde le 18 mai 2010 à 8h. Ce jour là nous allions récupérer les enfants qui avaient dormi la veille chez mes parents. Malgré notre fatigue, nous les avons récupérés pour le déjeuner. Du coup la journée est vite passée, entre le retour, les enfants, les lessives etc. Mon grand père avait été hospitalisé pendant notre séjour en Inde. J’avais prévu de venir lui rendre visite pour lui parler de notre voyage et lui montrer quelques photos. Lui qui parcourait le monde avant que ses problèmes de santé n’arrivent, il adorait voyager à travers nos paroles et nos photos.

Malgré mon envie d’aller le voir, la journée passait si vite que j’avais remis cette visite au lendemain. Je voulais classer les photos pour lui montrer les plus belles. Le lendemain, mon grand père s'est éteint à 16 heures sans avoir eu le temps de lui montrer mes photos et de lui ramener le petit souvenirs que nous lui avions acheté. d'après mes parents, ses dernières paroles ont été de savoir si j’étais bien rentrée d’Inde... Il attendait d'être sur que je sois rentrée pour pouvoir rejoindre mon Ange. Mon papy était un battant, mais comme il ne pouvait plus marcher et qu’il devait aller en dialyse tous les 2 jours, il n’en pouvait plus… La tête était là mais le corps ne suivait plus. Papy, tu seras toujours dans mon cœur… Son enterrement a été très éprouvant. C’était un bel enterrement avec une cérémonie à l’église et une messe spéciale « d’anciens combattants ». Je voyais ma mère pleurer et j’avais envie de la rassurer, de la prendre dans mes bras et de lui dire « je t’aime ». Ma mère s’était occupée de son père pendant 2 ans, tous les jours. Elle a toujours été présente pour lui, pour nous… c’est une Maman formidable qui a toujours su tout gérer.

Dans la série des mauvaises nouvelles, cela ne s’arrête pas là. La chienne de mes parents, Jessie, décède. J’ai vécu 10 ans avec Jessie jusqu’à ce que je parte de chez mes parents. Mes parents l’avaient acheté suite au décès de mon grand père paternel quand j’avais 15 ans. Elle arrivait en fin de vie, mais c’est toujours une épreuve douloureuse à vivre. J’en ai pleuré, j’étais tellement habitué à sa présence durant 15 ans et tout devient « vide » d’un coup.

En juillet, avec mon mari nous avons sommes donné un objectif pour essayer de penser à autre chose qu’à tous ces malheurs : Nous avons entamé les travaux de la salle de bain. Cela nous changerait l’esprit et il fallait la refaire de toute façon. Les enfants étaient en vacances avec leur mère tout le mois donc nous en avons profité.

En Août, nous sommes partis en vacances pendant les 4 semaines. Nous avons passé une première semaine de vacances à la montagne dans notre chalet du Jura, puis une autre semaine à Draguignan et enfin les deux dernières semaines à Salvetat-sur-Agout avec nos amis. C’était très sympa. J’attendais beaucoup de ces vacances, je voulais tellement tomber enceinte et ne pas reprendre le travail… J’ai été fort déçue d’avoir eu mes règles le 28 août 2010. Et encore plus déçue d’avoir passé l’anniversaire de mes 30 ans avec le ventre vide… sans bébé à l’intérieur. Je crois que cette période a été le déclic du début de la dépression pour moi.

Publié dans Léo

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