Les soins intensifs et les suites de la césarienne

Publié le par Delphine

Le service de réa

Toujours en salle de réveil, je souffrais malgré la dose de morphine qu’on m’avait administrée. Je pouvais à peine parler et je voyais les médecins autour de moi s’affoler. J’étais comme un pantin, un jouet qu’on manipulait et je me laissais faire. Les infirmiers en salle de réveil avaient appelé le médecin des soins intensifs, le Dr D. pour parler de mon état. J’entendais vaguement qu’il fallait absolument une place pour moi dans le service de réa et qu’il n’y en avait pas. On m’a fait des transfusions de plaquettes et d’hémoglobine (sang) pour que je ne rejoigne pas mon Ange. Les transfusions ne faisaient pas trop d'effet, mes plaquettes étaient toujours en chute libre.

La place enfin trouvée, on m’a transférée dans le service de réa (soins intensifs). Je risquais l’hémorragie interne à cause de mes plaquettes très basses et mon foie était très paresseux. J’avais atteint le seuil des 10 000 plaquettes. Je pense que c’est à cette heure là que mon mari a prévenu nos parents. Cela devait être vers 7h30-8h, mais là encore pour moi c'est flou. Mes beaux-parents étaient chez eux quand ils ont appris la mauvaise nouvelle. Mes parents étaient partis dans la nuit pour une semaine à la montagne avec mon oncle te ma tante. Quand mon mari à appelé, ils venaient d’arriver au chalet. A ce jour, je ne sais toujours pas comment mon mari leur a annoncé, ni comment mes parents et mes beaux-parents on réagit. Je pense que mon mari essayait au maximum de me protéger en me rassurant au maximum. Il me semble avoir posé la question plusieurs fois mais j’étais tellement dans les vapes que je ne me rappelle plus. Mon mari avait donc tout à gérer. C’est lui qui a prévenu la famille, les amis. C’est lui qui avait cette douloureuse tâche de dire à tous nos proches que nous avions perdu notre enfant et que je n’étais pas encore sortie d’affaire. Lui qui était à mes côtés depuis le début de la nuit sans avoir dormi du tout. Quel homme extraordinaire. Je ne sais pas comment il percevait la situation car je n’étais pas belle à voir et je ne savais pas ce que les médecins lui disait. Il a du me l’expliquer mais je ne devais pas être très réceptive.

Aux soins intensifs, on me branche de partout : j’avais des cathéters sur les bras et les mains. J’avais en tout 7 perfusions : prefalgan pour les douleurs, loxen pour hypertension, alimentation et bien d’autres encore. J’avais aussi des branchements pour contrôler mon activité cardiaque et respiratoire et un tensiomètre. Toutes ces machines étaient derrière moi, et dès que mon cœur s’emballait, les machines bipaient. Je me demandais bien ce qu’il se passait. Mon mari était toujours là à mes côtés. Les médecins l’avaient autorisés à rester jusqu’à 20h alors que les horaires des visites en soins intensifs sont très restreints.

Nouvelle crise et complications

Le dimanche 24 janvier à 2h du matin, j’ai fait une crise: mes douleurs au foie s’étaient amplifiées. J’ai cru que j’allais mourir, j’avais envie de me transpercer le foie pour enlever cette douleur. Les infirmières de nuit me regardaient avec inquiétude mais elles attendaient l’autorisation du médecin pour me mettre sous morphine. J’ai du attendre 30 min interminables pour avoir enfin une piqure et quand l’infirmière me l’a fait (dans l’épaule), je lui ai demandé en combien de temps cela agissait. Elle m’a dit que normalement c’était tout de suite… mais j’ai du attendre de longues secondes pour que cela me fasse effet.

La nuit se poursuit sans douleur. Dans la matinée, je constatais que mes « seins fuyaient ». J’appelle l’infirmière. C’était un infirmier (comme par hasard…) et je lui montre mes tâches sur ma chemise de nuit… Il me dit que c’est la puerpéralité post partum… (heu quoi ??). Il m’explique que cela signifiait que je faisais des montées de lait. J’étais loin d’imaginer que cela allait m’arriver car je pensais que c’était au terme de la grossesse que cela venait. Les médecins m’ont alors donné le médicament pour stopper les montées en s’assurant que cela n’affectait pas tous mes autres traitements.

En fin de matinée, je recevais la visite de ma marraine, ma tata de Normandie. Dès qu’elle a su, elle a fait la route pour venir me voir. J’étais contente de la voir et très touchée qu’elle fasse l’aller-retour pour moi. Mes beaux-parents, mes parents étaient venus me rendre visite avec mon frère. Mon état était beaucoup moins critique que la nuit passée. Du coup les infirmières m’avaient autorisé à manger. Malheureusement après avoir mangé le quart de la ration qui m’était servie, je commençais à avoir un malaise. D’après les prises de sang, j’avais encore besoin d’une transfusion de plaquettes : mon foie fonctionnait au ralenti, il avait du mal à repartir… Le médecin avait dit à mon mari que mon foie était paresseux, que la transfusion n’était pas si bénéfique que ça sur mon corps et qu’ils allaient laisser mon foie repartir tout seul. Je n’avais plus le droit de manger, mais je manquais de sucre. Les jours qui suivaient les infirmières me donnait du thé nature très sucré, et c’était la seule nourriture que je pouvais prendre.

Le dimanche soir je commençais à voir une tache jaune dans mes yeux. J’en parle aux médecins qui me disent que c’est un hématome du vitré et que cela devrait s’estomper dans les jours qui suivent. Il s’est avéré 1 semaine après, que je suis passée d’une tâche jaune à une tâche noire et que je ne voyais plus du tout de l’œil droit. C'était une complication du hellp syndrome: un hématome créé par l'hypertension. C’était une choriorétinite (hématome qui se colle sous la rétine), du à mon état de stress et ma crise du matin. Cette choriorétinite avait pour traitement : RIEN… juste attendre…

Je suis restée 6 jours dans ce service. Ils ont attendu que mes plaquettes remontent et que mon foie refonctionne bien. Tout revenait à la « normale ». J’ai intégré ensuite le service des grossesses pathologiques pour y être suivie. Il fallait que je me remette sur pied. C’était dur car en plus de ne voir que d’un œil, il fallait que je reprenne ma position « debout ». Mon sentiment après un séjour aux soins intensifs est que je me suis sentie un peu lâchée par le personnel médical. Les infirmières m’adressaient à peine la parole et je n’avais aucun soutien. Une psychologue m’a été attribuée d’office pour parler du deuil périnatal. Je l’ai vue 3 fois pendant mon hospitalisation. Elle voulait me remonter le moral et elle voulait surtout que je parle, mais rien ne sortait. J’avais envie de rentrer chez moi… rentrer dans mon cocon et « passer à autre chose en espérant une nouvelle grossesse comme si rien ne s’était passé »… Je refusais d'admettre que je souffrais… Je voulais être forte.

Les suites de la césarienne

En visite de contrôle, le Dr B. (celui qui m’avait fait la césarienne) m'informe sur les suites de la césarienne. J'ai eu le choc d'apprendre qu'il fallait que j'attende 6 mois pour recommencer les essais. Je ne savais pas qu’après une césa il fallait attendre Je ne connaissais rien à la césarienne…

Dans ma chambre, les défilés de médecin, sage femme, infirmières m’empêchaient de me reposer. Un autre jour, une femme gynéco arrive pour voir ma cicatrice et me parler de retour de couches, de reprise de pilule etc… Je lui expose mon inquiétude sur les 6 mois d'attente pour retenter. J’ai cru fondre de tristesse quand elle m’a annoncé violemment : « mais enfin madame, vous devez attendre 1 an au moins pour pouvoir retomber enceinte ! » Je crois que quand elle a vu ma tête elle a voulu se justifier… « Vous savez, vous avez eu une cicatrice et votre utérus ne se remet pas en 2 jours !! » J’en ai pleuré tellement elle était méchante. Je me suis dit que plus jamais je ne la verrai cette conne…Le 2 février 2010, je me remets petit à petit malgré la fatigue provoquée par les visites de ma famille et de mes amis. Les enfants de mon mari me rendent visite. Cela fait 2 semaines que je ne les ai pas vus et ils me manquaient beaucoup. Ils n’ont pas eu le temps de comprendre ce qu’il s’était passé. Nous avons voulu les préserver. Ils étaient tristes d’avoir perdu leur petit frère, mais ils avaient 5 et 6 ans à l’époque donc ils ne se rendaient pas compte qu’un bébé (qu’ils n’ont pas connu visuellement), pouvait mourir. C’est ce même jour que mon mari annonce à la mère des enfants que nous avions perdu notre bébé. Elle a été ignoble, limite heureuse de ce qu’il nous arrivait. Mon mari ne m’a pas raconté ce qu’elle disait pour ne pas m’affecter. Mais elle s’est fait un malin plaisir de m’envoyer un sms sur mon portable en me disant : « salut l’autre, j’espère que le bonheur, tu sais celui que tu ressens en ce moment ?!! est égal à celui que tu dois ressentir pour toute la vie… je vais te pourrir la vie. Quant à mon bonheur, ne t’inquiètes pas pour moi...  la roue tourne! » J’ai cru mourir en lisant ce texto… je savais qu’elle était bipolaire et qu’elle faisait tout pour que ses fils me détestent, mais à ce point ??

Le 5 février 2010, je rentre à la maison. Un peu trop tôt mais je voulais absolument rentrer et ils m’ont laissé repartir… la psy de l’hôpital ne m’aidait pas, et je ne réalisais pas vraiment que j’en avais réellement besoin. Je voulais être chez moi, et retrouver mon lit, mon mari, ses enfants, mon chat…. Avant de partir la sage femme me transmet les empreintes de pieds et de mains de mon bébé avec en bas son nom et son prénom. J’étais contente d’avoir un « souvenir » (autre que les échographies) de mon bébé "hors de mon ventre"…

Dans les 2 semaines qui ont suivies mon retour à la maison, j’ai du aller 2 fois aux urgences : Infection de ma cicatrice de césarienne et infection urinaire carabinée (du au fait que j’ai eu une sonde urinaire pendant 8 jours.

Je suis en vie

Grand merci à mon médecin traitant le Dr D.: il m'a prescrit les prises de sang qu'il fallait, il m'a appelé pour me dire d'aller immédiatemment aux urgences. A 2 heures près et je ne serai plus de ce monde. Il est passé me voir à la clinique, puis au CHU après la perte de notre bébé... il m'a tout simplement sauvé la vie.

Grosse déception de la clinique où j'étais suivie. Ce fameux Dr G. est un pauvre con qui ne sait même pas identifier les symptômes d’une pré éclampsie et d’un hellp syndrome. Voir arriver une patiente avec un visage jaune (à cause de problème de foie), des œdèmes et surtout des résultats catastrophiques (même annoncés oralement) ne l’a même pas interpellé... Il m’a traité comme si j’avais une colique néphrétique avec son air hautain et narcissique. Il exerce malgré tout toujours dans la même clinique.

On me dira plus tard que ma vie ne tenait qu’à un fil. Deux heures de plus et j’y passais… A cause de ce DR G. j’ai donc failli y rester.

Merci au Dr D. du service de réa, au Dr B. qui a pratiqué la césarienne... ils ont été compétents et humains en acceptant les visites tardives de mon mari dans des services où les visiteurs ne sont pas admis.

Publié dans Léo

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L
Tout ceci est bouleversant... Je n'ai absolument pas de mot...<br /> Je suis admirative de votre force à tous les deux et ne peux que vous souhaiter du bonheur pour la suite.<br /> De toute façon, il ne peut pas en être autrement.<br /> Je me permets de te serrer dans mes bras... De tout coeur avec toi, avec vous.
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A
Merci Lulu pour ton message de réconfort...<br /> Je vous souhaite à vous aussi de connaître ce bonheur tant attendu.<br /> Je t'embrasse, et te souhaite bon courage pour l'attente...